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Ou sont ils donc lorsqu’ils sont là où ils sont ?
Docteur Dominique Peyrat - Intervention aux 4° assises régionales de l’addictologie du Nord-Pas-de-Calais à Lille - 16 octobre 2009
En addictologie la question des frontières peut s’envisager sous différentes facettes.
La frontière renvoie à la notion de murailles, de protections donc de limite,
Là où nous sommes, chacun est en tension par rapport à un autre part.
Ce que nous observons lors de nos rencontres avec le patient ayant des problèmes d’addiction : ce sont ses difficultés avec le réel, son mal à distinguer, à percevoir :
Ø la frontière entre bien portant / mal portant
Ø la frontière entre licite et illicite
Ø la frontière entre explicite et implicite (est-ce une demande de soin , de pause ou une erreur de casting )
pour nous il brouille , il embrouille
Ø par son langage , son discours
Ø il nous fait flirter aux frontières entre l’inquiétant et le tranquille
Ø il mélange les frontières entre les produits par sa façon de détourner pour consommer.
Ensuite un autre étonnement se déploie au fil de la prise en charge , du soin : la dimension relation forte entre l’ addict et le soignant renvoyant souvent à l’aspect primaire des premiers groupes humains :
Ce que des sociologues désignent sous le concept de la relation forte « plus proche de moi que moi-même « Ce temps qui relie avant la loi, avant l’apparition du contrat de nos sociétés modernes.[1]
Ce qui nous conduit à nous interroger sur la place assignée aux patients « addicts «
Etrange situation où à ces patients qui sont aux marges, aux frontières de la loi, on propose un contrat ! Farci d’injonctions paradoxales .Ce qui est une source d’étonnement face à la complexité réglementaire des prises en charge du toxicomane dépendant aux opiacés.
Participe t’elle encore du rituel d’exclusion du maléfique supposé, de la mise à distance tactique, ou de la nécessaire et permanente figure du bouc émissaire ?
Mais un autre regard peut aussi être dévoilé : interpréter l’évolution de nos comportements , de nos perceptions de celui qui est
différent, comme une timide façon de faire apparaitre une sagesse , un apaisement , un progrès . Reconnaissance de cet être en manque comme un être de besoins .
Et dans notre société où tout se consomme l’addict devenant même un sujet récupéré par la publicité.
On en revient alors à l’éternel débat sur la question du statut et de l’étiquetage : est ce un patient , un délinquant ou une victime ? et à une interrogation sur notre place ou rôle : médecin , citoyen , homme ou femme .
Interrogation aussi sur les stratégies de pouvoir qui dans une société donnée investissent les corps et les volontés.[2]
Le toxicomane se situe dans une position frontalière donc délibérément intenable, tout son effort consistant à coïncider avec un ailleurs, un presque qui toujours décentre et déroute.
[1] Pour le philosophe allemand Peter SLOTERDIJK ,
« L’individualisme est la forme de pensée qui réserve le prédicat de réel à l’individu et qui n’admet la validité de communautés que sous forme de conglomérats déductibles d’une réalité secondaire , c’est à dire de société ,dans le sens ou l’on entend la théorie du contrat"
[2] F. EWALD : FOUCAULT Une pensée sans aveu - Les dieux dans la cuisine – Aubier- 1978