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Compte rendu de lademi-journée de rencontre
CSAPA-MG-Pharmaciens du 24novembre 2011
La matinée de rencontre CSAPA-Médecins Généralisteset Pharmaciens s'est organisée dans un contexte de nécessité à améliorer le parcoursde soins des patients souffrant d'addictions.
-- Ici le texte de votre actualité --
Notre AG aura lieu le mardi 17 mai à 20h (lieu à déterminer).
En tant que membre, vous êtes cordialement invités et attendus.
Rapport TSO Nord-Pas-de-Calais 2010
LES CARRIÈRES DE CONSOMMATION DE COCAÏNE CHEZ LES USAGERS « CACHÉS » DYNAMIQUE DE L’USAGE,CONSÉQUENCES DE LA PRATIQUE ET STRATÉGIES DE CONTRÔLE CHEZ DES CONSOMMATEURS DE COCAÏNE NON CONNUS DU SYSTÈME DE PRISE EN CHARGE SOCIAL ET SANITAIRE ET DES INSTITUTIONS RÉPRESSIVES
http://www.assogtnpmg.eu/offres/doc_inline_src/353/CocaEFnomanes+Reynaud.pdf
Une rencontre organisée par Citadelle en collaboration avec le réseau Alto-SSMG, avec le soutien de la Région Wallonne
Objectifs : permettre aux professionnels du soin et de la santé (au sens large du terme) de se former, de se rencontrer, d’être au courant des nouvelles tendances de consommation, formes de dépendance, possibilités thérapeutiques, etc.
"Pratiques partagées autour des assuétudes" - rencontre du 4 mars 2008
« Ce que les adolescents contemporains ont à nous dire… »
- Comment les prises de risques sont-elles éclairées par l’adolescence ? Comment entendre ce que nous en disent les adolescents eux-mêmes ?
- Comment l’usage de drogues s’inscrit-il dans les pathologies d’adolescence ?
- Un diagnostic psychiatrique à l’adolescence a-t-il un sens ?
- Quels sont les leviers de travail possibles avec les adolescents qui s’adressent à nous ?
Invité : Le Pr Philippe van Meerbeeck auteur d’une riche bibliographie et dernièrement du livre « Ainsi soient-ils », nous fait part de son travail thérapeutique avec les adolescents en région bruxelloise notamment autour de deux initiatives particulières : l’Entrelien (décrochage scolaire) et le ThCA (accueil d’adolescents à l’hôpital)
Organisation : Citadelle et Alto - SSMG
Inscrits et/ou présents: 66 au total dont 48 personnes présentes :
| 4 Assistantes sociales (protutelle, hébergement enfts ados) | 1 logopède hébergement IMSP |
| 1 travailleur de promotion Santé – Prévention assuétudes | 1 Médecin conseil Mutuelle à tournai |
| 1 assistant pédopsychiatrie | 11 Médecins Généralistes : cabinet privé et Maison médicale |
| 1 chef éducateur | 1 Neuro Psychiatre hospitalier (assuétudes) |
| 4 coordinateurs/directeur:Marronniers,Citadelle,SAIE, IMPro | 2 Pédopsychiatres Service de Santé mentale/ IMP / IMPro |
| 7 éducateurs hébergement enfants ados, SAIE, AMO | 1 pharmacien |
| 3 Enseignants psy/travail social | 6 Psy : SSM - psychiatrie en hôpital spécialisé et généraliste |
| 1 Ergothérapeute hospitalier-psychiatrie | 1 permanente service spécialisé assuétudes |
| 8 infirmières et aide soignante ONE et psychiatrie | |
| Etablissement où travaillent ces personnes | |
| L’Accueil Familial (placement d’enfant | Goudinière (La) SAAE Serv d'Accueil et d'Aide éducative : hébergement enfants et ados placés |
| AIT - Site Dorcas - service 400 (service psychiatrique au sein d’un hôpital général) | Home Delanoo – IMSP Institut médico socio pédagogique |
| AMO Antoing GRAINE | Maison enfants - CPAS Tournai : accueil 0-18 ans en urgence |
| Boris Vian (Centre méthadone Lille) | Maison Médicale - Le Gué |
| cabinets de consultations privées | Marronniers – centre hospitalier psychiatrique dont : |
| Cabinet de consultation privée psychothérapeutique | Fougères - Frênes-PTCA |
| Centre de Cerfontaine – hébergement jeunes et adultes : sections 12-14 ans et jeunes adultes | Périscope - Canal J Citadelle (Promotion de la Santé) |
| Centre PMS Communauté Française-Ty | Pharmacie |
| Centre PMS Mouscron | Promotion sociale |
| Citadelle -réseau d'aide en toxicomanie à Tournai | Renouveau (Le) Service de Protutelle |
| Clinique Neuropsychiatrique de Bon Secours | Sainte-Union (Kain) – décrochage social |
| Escale SAIE Service d’ Aide et d’Intervention Educativ | Service de Santé Mentale du Tournaisis |
| Foyer Roucourt IMSP :Institut médico socio péda. | Service PSE - Péruwelz |
Non présents - Excusés : clinique Notre Dame, Maison Maternelle de Tournai, service de prévention de la ville de Comines, et de la ville de Péruwelz, ONE, service hospitalier alcoologie de Lille, enseignante infirmière
Eléonore de Villers adresse à toutes et tous le traditionnel mot de bienvenue et rappelle l’organisation conjointe de l’événement : Médecins généralistes de Alto-SSMG et Service spécialisé assuétudes Citadelle.
Les livres de Philippe Van Meerbeeck sont présentés et circulent autour de la table afin que chacun puisse les consulter, prendre des références….
« Ainsi soient-ils ! A l'école de l'adolescence »
Maison d'édition : De Boeck, Collection : Comprendre, Année : 2007,
« Ainsi soient-ils ! A l'école de l'adolescence »
Maison d'édition : De Boeck, Collection : Comprendre, Année : 2007
« Que jeunesse se passe »
Maison d'édition : De Boeck et Belin, Collection : Comprendre, Année : 1998
« Quand on n'a que l'amour »,
Maison d'édition : De Boeck Université, Collection : Oxalis, Année : 1992
« Peau d'âme - Quelles médiations pour l'adolescence »
Maison d'édition : De Boeck, Année : 1992
Ces livres sont tous en prêts à Citadelle.
Se disant très impressionné par toutes les compétences qui se retrouvent rassemblées autour de la table, Philippe Van Meerbeeck commence par préciser ce qu’il souhaite aborder ce jour.
D’une part, l’adolescent d’aujourd’hui, avec ce qu’il a de spécifique. Qu’est-ce qui fait l’adolescent de 2008 ?
D’autre part le travail psychique que tout adolescent a à faire, que ce soit en 2008 ou à une autre époque, et qui se retrouve fortement modifié par la toile de fond contemporaine ;
Et enfin, des pistes de travail sur ce qui nous rassemble et notamment : la question de la consommation, du rapport à la drogue.
L’adolescence (l’adolescence type), c’est l’âge où la question du sens de la vie apparaît comme une question incontournable.
« Qu’est-ce que ma vie ? Dans quel monde est-ce que je vis ?, Quelle place vais -e pouvoir occuper ? Comment vais-je me définir comme garçon, comme fille en devenir ? »
Si vous avez aujourd’hui 16 ans et que vous tâchez de penser le monde dans lequel vous vivez, que vous allumez la télévision et que vous regardez un JT qui semble dire la vérité du monde dans lequel on vit, vous allez avoir quelques difficultés à comprendre ce qui vous est soumis comme informations sur notre époque contemporaine.
Lorsqu’on regarde le 12 minutes à 22h30 à la télévision on a 12 sujets (chacun fait 1 minute) - forme de synthèse de l’histoire contemporaine : La libération du Kosovo, Le vote russe de Poutine, La libération dite des tambours, Les fantaisies de Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni, Le jeu des hommes politiques belges, Les élections américaines, Bagdad, Ce qui se passe en Palestine, Le nombre de morts, « Le » kamikaze du jour, Le sport… Chaque soir en point 10 il y a, souligne Ph. Van Meerbeeck, le kamikaze du moment.
En effet, il y a dans le monde, 1, 2, 3, 4, 5 jeunes kamikazes qui ont tous entre 15 et 25 ans et qui trouvent, dans l’acte kamikaze, un sens à leur vie. « Donner sa vie » est pour eux une chose évidente. Ils font ainsi une figure emblématique pour une partie des jeunes qui les regardent. Avant, on voyait ces jeunes en image. On les voyait avec le foulard et le signe de la victoire avant de s’être fait éclater. Maintenant on ne les voit plus ; c’est devenu tellement banal que c’en est devenu horriblement « ennuyeux »…
Si on creuse un petit peu l’ado contemporain et qu’on tâche de comprendre ce qui se passe, qu’on interroge les jeunes du Kosovo par exemple, au-delà des images vues à la télévision, c’est très impressionnant. Que pensent les jeunes à Belgrade ? Ce que pense son copain Kosovar ? Qu’est-ce qui se passe quand on passe la frontière ? Tout est détruit, partout des barbelés. Que pensent les jeunes palestiniens ? La bande de Gaza, Naplouse, les adolescents dans les rues, la haine contre Israël !… Il faut s’attarder sur le vécu intérieur des gens, les images quotidiennes non commentées, pour comprendre la place des jeunes dans toutes ces questions centrales.
Les jeunes sont déboussolés, en quête d’identité avec un effet de dérive très particulière.
Il faut aussi s’interroger sur l’effet qu’ont ces images sur les adolescents chez nous qui
les regardent tous les soirs. Et, se rappeler que dans moins de 10 ans, dans les grandes villes de Belgique comme Bruxelles, Liège, Anvers, Charleroi… à peu près la moitié des jeunes seront issus de la migration.
Pour les jeunes issus de l’immigration, Ph. Van Meerbeeck soulignent l’importance des problèmes identitaires, des difficultés avec la famille d’origine, très sensibles aux kamikazes, dans un contexte de retour des Imams et des écoles coraniques.
Les questions se présentent de façon différente pour ceux que Ph. Van Meerbeeck dénomme les jeunes « belgo belge », « blanc bleu », « pur sang » : « les adolescents occidentaux contemporains ».
Ph. van Meerbeeck donne cours en médecine depuis 25 ans. Dans l’auditoire, depuis 10 ans les filles sont majoritaires et depuis 1 an ou deux, le nombre de filles voilées augmente progressivement. Les garçons de l’immigration restent très minoritaires. En troisième doc, elles se « dévoilent ». Les voiles disparaissent discrètement parce qu’elles tombent amoureuses de jeunes étudiants en médecine qui sont belges. On assiste donc là à des mixités possibles avec des tensions épouvantables dans les familles d’origine. Ces jeunes filles disent « si mon père n’avait pas été musulman, s’il m’avait laissé trainer en rue comme mes frères, je serais actuellement à Andenne, j’aurais fonctionné au cannabis, je serais délinquante ; quand j’aurai fini mes études, que je serais docteur en médecine, peut-être que mon père sera enfin fier de moi ».
Lorsque l’on parle des adolescents il faut donc, selon Ph. van Meerbeeck être très attentif à cette différence là, ces deux groupes qui sont en voie de mixité et qui sont dans une grande tension identitaire. D’un côté, un monde désenchanté et de l’autre côté un monde qui se réenchante de façon inquiétante.
Selon Ph. van Meerbeeck, il y a deux dates – deux bascules historiques significatives.
I. 1989, la chute du mur de Berlin
D’abord il cite Marcel Gauchet[1] qui situe la bascule symbolique en Occident en 1989 = la chute du mur de Berlin.
Dans le monde ancien hétéronome, les théories politiques comme le communisme ou les théories religieuses comme les grands monothéismes chrétiens faisaient office de références pour penser le devenir de l’adolescent ou du jeune. Le mur tombe, le monde n’est plus hétéronome. Il n’y a plus de références venues du dehors, d’ailleurs, comme cet écran dans la psyché intérieure de l’adolescent qui se construit. Après 89, la seule possibilité est d’être autonome, épanoui, harmonieux, riche, beau et célèbre. Ne laissant aucun autre sens que celui du monde de la consommation (ce qui est intéressant de se rappeler par rapport à la drogue), de la puissance de l’argent, des images de la célébrité. Il ne s’agit plus du tout, comme cela avait fonctionné jusqu’à ce moment là, d’un engagement politique, un idéal de révolution, une croyance en un monde meilleur…
Autant pour le jeune occidental que pour le jeune issu de la migration on est dans quelque chose de totalement différent.
II. 1993, Internet
Comme deuxième point de rupture dans l’histoire, Ph. van Meerbeeck évoque l’avènement du Web, de la Toile en 1993. Ph. Van Meerbeeck cite Gilser pour étayer son argument. En effet, selon Michel Serres[2], l’avènement du Web est une telle mutation anthropologique, un tel changement du rapport de l’homme à lui-même qu’on n’a aucun point de comparaison dans l’histoire des hommes.
Le seul point de comparaison qui pourrait être risqué est celui du passage du paléolithique au néolithique, c'est-à-dire il y a 15.000 ans, moment du passage de la cueillette et de la chasse à l’élevage et la culture, point d’origine de l’écriture, des lois, de la culture parce que les gens avaient des terres qu’ils devaient se partager, qu’ils devaient pouvoir donner à leurs descendants. Cette époque, tellement lointaine, imprécise et pour laquelle ne subsiste aucune trace écrite, serait donc le seul point de comparaison à ce qui nous arrive depuis 1993.
L’analyse de l’adolescence que nous propose Ph. van Meerbeeck est basée sur sa propre pratique : Les adolescents qu’il soigne sont tous nés après 1993. Et les étudiants auxquels ils s’adressent aux cours (à la fac de médecine) sont nés un peu avant 92.
L’ado de 1992 n’a plus rien à voir avec l’ado advenu après 1993.
Lorsque Ph. van Meerbeeck s’adresse à ses étudiants, ceux-ci ont énormément de difficultés à imaginer l’avant 93, un mode sans portable, encore moins sans TV…. C’est pour eux un monde bien étrange ! Avant 93, c’était une époque « extraordinaire », l’époque du téléphone à cadran tournant, l’époque où, quand on avait une panne sur l’autoroute, on devait marcher pour trouver un téléphone. C’était le « Moyen-âge technologique » par rapport à l’époque actuelle. Le changement est considérable, vertigineux. Mais nous sommes tellement dedans, que l’on ne parvient pas à saisir ce qui se passe réellement. On est dépassé, notamment à cause de la rapidité des changements qui s’opèrent et on ne parvient pas à bien en percevoir le fondement anthropologique et son impact sur les ados.
Les ados d’aujourd’hui sont très différents de ce que nous étions, ce que Ph. Van Meerbeeck va tâcher de démontrer par une série d’exemples.
Parmi les changements technologiques, un événement notoire est épinglé par Ph. Van Meerbeeck : le GSM multimédia
Aujourd’hui, comment imaginer un ado sans portable. Sans GSM l’ado serait, selon Ph. Van Meerbeeck, démuni, handicapé, relégué par les autres, dénudé gravement. L’ado actuel possède, échange, bien sûr quand il en a les moyens, un appareil grand comme une boite d’allumettes dans lequel les opérations psychiques fondamentales se fondent quasi à son insu. Par le GSM, on attribue ainsi au jeune un petit appareil qui peut réaliser de multiples fonctions : TV, caméra, appareil photo, enregistreur, téléphone, ordinateur, accès à des données… Inouï, Fabuleux. Quand, en 92, on aurait décrit le GSM multimédia de 2008, cela aurait apparu comme de la pure science fiction. Personne n’aurait pu imaginer que l’on puisse ainsi miniaturiser les activités psychiques de l’être humain.
Aujourd’hui, le portable, rien que comme instrument lui-même, transforme très profondément les activités psychiques auquel l’ado est invité. Pour l’ado qui doit s’énoncer, qui doit construire l’image de lui-même, qui voudrait se trouver des modèles identitaires, qui doit s’accepter dans un corps de garçon ou de fille en devenir, qui doit accepter de grandir, qui doit faire un choix dans la vie, les développements du multimédia marquent un tournant net dans le rapport à autrui, le rapport à l’écrit, le rapport à l’espace, au temps…
Le rapport à l’écrit – le rapport à autrui
- l’âge du journal « intime »
Avant 92, l’ado devait acquérir la capacité de s’énoncer, de se construire une image de soi, d’accéder au savoir, et pour cela il devait parvenir à écrire… Le jeune qui voulait s’énoncer tenait un journal.
C’était « l’âge Arthur Rimbaud ». L’âge du journal intime. Aujourd’hui le jeune fait un blog accessible à tous. Avant, une mère pouvait dire en consultation : « Je suis désolé docteur, je n’ai pas pu résister, je sais que je ne pouvais pas, mais c’était pour essayer de comprendre ; en entrant dans la chambre de mon fils j’ai découvert un cahier que je me suis autorisée à lire alors que c’est marqué dessus « interdit de lire » et j’ai lu à la page 32 : « je la déteste, qu’elle aille se faire voir,… » ». La mère se sent donc très coupable d’avoir pu lire cela. Maintenant la mère va voir les SMS sur le GSM du fils... Elle clique comme une femme jalouse qui surveille son mari.
Un des risques selon Ph. Van Meerbeeck est de voir, d’ici 25 ans, les jeunes d’aujourd’hui, incapables d’écrire manuellement. Avec l’habitude de taper sur un clavier, vous perdez l’habitude de l’écriture manuscrite et cela demande un effort terrible lorsqu’il faut rédiger une lettre à la main pour postuler.
- l’âge du copion
Quand on faisait de copions pour tricher on avait acquis une formidable maîtrise pour réaliser des mini-imprimables millimétrés, cachés… C’est devenu aujourd’hui totalement obsolète. Aujourd’hui, c’est par GSM, caché dans les toilettes, en alliance avec la mère qui a le syllabus à la maison, que les étudiants trichent. La tricherie a changé d’attitude.
- l’âge du livre
Avant 92, quand on demandait aux étudiants de faire un travail scolaire, il fallait stenciler, relier, agrafer… Les parents aidaient. Maintenant les étudiants font des supports eux-mêmes avec des images qui bougent, du multimédia, de la musique. Ils réalisent ainsi des documents « extraordinaires » qui font l’admiration des professeurs jusqu’à ce que ceux-ci découvrent que ce n’est pas d’eux… En fait c’est du « copier-coller ». Les étudiants « piquent » sur Internet sans aucuns problèmes en cherchant par mots clés. Ils choisissent parmi les 400 textes qui leur sont proposés. La notion de référence n’a plus aucun sens.
Cela n’a donc plus rien à voir avec l’époque où on devait chercher dans les livres poussiéreux, recopier, prendre note de la référence,… C’est, à terme, la mort du livre. Dans 15 ans on dira que le livre aura fonctionné en Occident pendant 500 ans.
Le rapport à l’espace et au temps
Le rapport de l’homme à lui-même, en particulier autour des questions qui se posent de façon incontournables à l’adolescence a ainsi fondamentalement changé. Changement dans lequel on baigne, on nage, on rame… et qui change aussi notre rapport à l’espace et au temps.
- l’origine de l’histoire humaine se définit a 150.000 ans
Depuis 15-20 ans, l’homme peut penser que son histoire a 150.000 ans. Il y a 30 ans on n’aurait pas imaginé que l’origine de l’humain datait de cette période.
- l’espérance de vie s’allonge
La durée de vie s’est considérablement allongée. On a gagné 30 ans d’espérance de vie depuis la guerre. C’est très impressionnant. Un jeune de 18 ans a une chance sur deux de vivre jusqu’à 95 ans. C’est pour eux une perspective effrayante… Quand on dit à un jeune : « il faut que tu choisisses un job, des études, il faut un engagement amoureux… » et qu’il réalise qu’il a une chance sur deux d’avoir 80 ans devant lui, il n’est pas pressé… Dans quel état sera-t-il ? Sera-t-il sénile, Alzheimer ou assez en forme ? Cette vision de l’avenir modifie complètement les enjeux.
- les distances se réduisent
Aller en Chine, en Alaska, n’est pas du tout effrayant pour un jeune actuel. Il faut bien sûr pouvoir se payer le billet d’avion mais en soi ce n’est pas « inouï ». Il tape sur l’ordinateur, cherche un billet sur Internet, parfois trafique, se fait des copains et puis se taille...
- le monde s’uniformise
L’image du monde a changé : Tout le monde mange chez Mac Do, écoute la même musique, se meuble chez Ikea,… voyage avec Rainer. Cette uniformisation généralisée s’opère, selon Ph. van Meerbeeck, avec des îlots de résistances, sources de progrès ou sources de grandes questions sur l’identification. Une nouvelle notion de l’engagement amoureux surgit dans ce monde de plus en plus uniformisé. L’idée de l’engagement amoureux en dehors du clan proche, du cercle familial disparait. On ne cherche plus à « se marier dans la rue » comme disait la sagesse ancestrale pour éviter les trop grandes différences culturelles et sociales. L’engagement amoureux est de plus en plus souvent en dehors de son pays étant donné le travail, les études à l’étranger (Erasmus, …),…
Par les travaux des grands anthropologues, depuis 1 siècle, on a découvert que toutes les cultures du monde ont toujours su qu’il fallait organiser le passage de l’adolescence, comme celui du passage de la vie à la mort. Nécessité symbolique à organiser une initiation, un rituel, un temps d’expériences, événement différencié pour les filles et les garçons.
L’avènement pubertaire marquait un tournant dans la vie du jeune. Il quittait la case maternelle, le village. Deuil parental de la mère qui hurlait de perdre son fils et qui était entourée par les gens du village. Les garçons et les filles étaient accompagnés pour des expériences initiatiques, des rituels=
épreuves avec des moments d’alcoolisation, de rapport à des psychotropes, de transgression, expériences de transes, de mise à mal, de scarifications, transsexuelles où les filles étaient déguisées en garçons et les garçons en filles, avec des jeux érotiques.
On connaissait très bien dans toutes les cultures du monde qu’il fallait, après avoir arraché l’enfant à sa case familiale, un temps d’initiation, ceux-ci pouvant varier entre 6 jours et 2 ans…
Une fois le rituel terminé, le jeune revenait dans la famille d’origine et on lui reconnaissait la compétence d’être un homme, une femme, de pouvoir choisir son partenaire ou on faisait le choix pour lui.
Selon Ph. van Meerbeeck, les choses se sont radicalement modifiées et cela bien avant 93.
- Le manque d’initiation encadrée
Plus aucun rituel, plus aucun mode explicatif, plus d’initiation, une mixité totale qui ne simplifie pas les donnes. Une absence complète d’encadrement. Une vision sans perspective, sans aucune croyance,… Et quand il y en a on est du côté du pervers (dans les écoles coraniques). Or, rappelle-t-il, il y a toujours une nécessité de mise à distance pour le jeune (de 12-15 ans) qui a un corps pubère et qui dans un deuxième temps (14-17 ans) doit comprendre ce qui lui arrive.
Entre 15 et 25 ans l’intelligence est en plein développement comme le démontre l’imagerie médicale. On se construit un « appareil à penser », notamment au niveau neuronal, en fonction de ce que l’on est invité à penser et à expérimenter.
Or, aujourd’hui, qui éduque, qui forme, qui initie ? Internet, la télé, les copains, les professeurs ?
Il n’y a plus beaucoup de référents. Rares sont les professeurs qui sont conscients de leur mission d’éducation à cette tranche d’âge et qu’il faut aider le jeune à accéder à la construction métaphorique, à acquérir la capacité de penser, de comprendre ce qui lui arrive, le monde dans lequel il est. Il y a un vide. Et cette période peut dès lors constituer un passage dangereux où les expériences toxicomaniaques peuvent prendre une ampleur particulière.
En outre, le temps d’adolescence est extrêmement allongé. Si on en sort autonome, indépendant et engagé, ce n’est peut-être qu’à 25 ans voire 30 ans… Sachant qu’on va vivre 100 ans, qu’on ne doit plus se marier pour avoir une vie sexuelle, … on n’est pas archi pressé de commencer à vivre seul, à bosser, à s’assumer… Il y a un donc un grand changement de paradigme.
Le premier temps de l’adolescence : la puberté
Avant, constate Ph. van Meerbeeck, le jeune qui avait un corps pubère devait être aidé pour maitriser ses pulsions sexuelles. L’éducation traditionnelle était centrée sur le fait d’aider à penser sa sexualité, ce sexuel qui donne le pouvoir de donner la vie. Dans la grande tradition, éduquer les filles et les garçons c’était les aider à la prise de conscience de ce pouvoir un peu divin, neuf (qui fait une grande différence par rapport à l’enfance) du fait que leur sexualité accomplie pouvait donner de la vie.
Le jeune à qui l’on dit cela en ces termes aujourd’hui n’y comprendrait rien.
- Depuis la contraception, lorsqu’on lui parle de relations sexuelles, c’est pour signifier : « pas d’enfants ». Pilule pour les filles, préservatif pour les garçons.
- Depuis le Sida, le message est axé sur « safe sex », attention danger de contamination si on a une vie sexuelle trop débridée, danger de mort si on ne se protège pas.
L’éducation sexuelle n’est plus donnée autour de la vie mais autour de la menace de la mort, de « surtout pas la vie ». Cela met le jeune dans une situation tout à fait particulière. On voit dans ce que disent les jeunes, dans la façon dont ils vivent leur vie sexuelle, dont ils construisent leurs fantasmes sexuels, des éléments très préoccupants avec des risques de dérives.
- Avec Internet, le jeune a en outre accès à tous les sites pervers, pornos qui véhiculent des images qui sont de plus en plus hard, partielles, archaïques. Alors qu’avant pour voir un film porno, il fallait aller en cachette en Hollande et l’on était expulsé de l’école si on était pris. Les adultes ne savent absolument pas à quoi le jeune qui va sur Internet aujourd’hui est soumis comme images de sexe. Les sites sont généralement construits par de grands pervers (pédérastes…) qui créent une dépendance en faisant visiter, avec des pervers qui chatent, déguisent leur nom, leur âge et font croire au jeune qui se cherche à des moments transitoires que chaque étape de sa croissance peut être une étape définitive (pornographie, homosexualité, pédérastie, rapport sado masochiste…).
En tant qu’adulte, c‘est compliqué d’aller voir avec le jeune ce qu’il consulte, de lui apprendre à décoder, à voir comment ça fonctionne, dire que cela l’empêche de grandir, que cela crée des émois déstabilisants, que cela crée des fixations, que cela peut être déstabilisant, puisqu’il n’y a pas d’accompagnement, que ça ne se parle pas, que cela se fait en cachette, à distance des adultes ou en bande.
Le deuxième temps de l’adolescence : le temps de comprendre
Aujourd’hui, tout semble équivalent et on a bien du mal à mettre de l’épaisseur dans ce qui nous arrive. On n’a jamais eu autant besoin que maintenant de ce temps d’initiation, de ce temps de « stop pour comprendre » avec un encadrement qui le permette, à une époque où on n’a jamais eu accès à autant d’informations. Face à la multitude de sources d’information, le tri des données devient difficile. Si on est surinformé, qui vous apprend à choisir ? Qui vous montre l’ordre ? Qui vous aide à comparer, à critiquer ? Cela demande un travail pédagogique considérable.
Selon Ph. Van Meerbeeck, il y a lieu de réfléchir autrement la transmission.
- L’unif, l’école… doivent prendre en compte ce nouveau paramètre.
A la Fac de médecine, il constate que certains cours se donnent encore comme il y a 50 ans : des cours d’anatomie avec les détails dessinés à main levée à la craie au tableau, en demandant d’apprendre par cœur alors que ces informations (qui seront obsolètes dans 5 ans et/ou qui seront rapidement oubliées) sont de toute façon disponibles autrement. On continue à enseigner comme si le Web n’était pas advenu. Or, avec les nouveaux outils, on pourrait proposer d’autres schémas de travail : recherche par chacun et résolution du problème tous ensemble avec comparaison…
- Ceux qui organisent l’information, Internet, la Toile fichent le jeune (c’est à en devenir parano lorsqu’on voit effectivement la façon dont chacun est repéré lorsqu’il va sur le Web, Matrix est dépassé !), peuvent le suivre à la trace, organisent ses goûts, ses dépendances, sa consommation, façonnent l’image du monde, ses fantasmes, sa vie sexuelle. Ce qui arrive au jeune est en fait totalement « orchestré » par des gens qui en font un « ado consentant et consommant ». Quand on le montre au jeune, il n’est pas du tout content de cela. C’est devenu extrêmement dur aujourd’hui d’être critique, inventif parce qu’en plus, quand il l’est on le récupère pour en faire un produit commercial. Il risque à tout moment d’être acheté.
Dur d’être Arthur Rimbaud. Alors que si vous n’êtes pas doué et que vous passez à la Star Ac vous allez gagner un million d’euros. Il faut tout le temps résister à l’emprise planétaire complètement commercialisée, où tout est marchandisé et l’adolescence en particulier.
Le troisième temps : la sortie de l’adolescence - l’engagement
Pour le jeune adulte, le troisième temps ne finit pas de s’étendre. Le temps de l’engagement ne finit pas de reculer. Le jeune a de moins en moins envie de grandir, de devenir adulte, de croire et de s’engager dans le monde qu’on lui présente.
Quand Ph. van Meerbeeck demande à un jeune « Y a t-il un adulte que tu admires ? », généralement le jeune répond « aucun », « je n’ai aucune envie de ressembler à mes parents ». Ce qui est impressionnant. Comment cela se fait-il qu’il y ait si peu de modèles qui tiennent le coup ?
A titre d’exemple, Ph. van Meerbeeck ironise sur le comportement de Carla Bruni, qui a couché avec le père et le fils. En regardant son site Web ou les 20 images qui circulent sur le Net (images de Carla Bruni nue) ou celles de ses 17 amants connus, aurait-on pu imaginer Yvonne de Gaulle ou Mme Chirac dans une telle posture ? Quelle « liberté » !?! Et c’est elle qu’on est sensé admirer, celle qui est devenue la première dame de France, celle qui coupe le cordon aux inaugurations, qui va dire bonjour aux enfants orphelins…
Ce monde là, étonnamment complexifié, ne touche pas directement le jeune issu de l’immigration. Ph. van Meerbeeck rappelle les émeutes de 2005 en France où les banlieues ont été mises à sac. Un chef de bande qui fut condamné depuis passait en boucle, au moment des faits, sur son écran d’ordinateur des images d’enfants tout jeunes et seuls, des images d’écoles et des autos qui brûlent, une décapitation par Al Kaïda, sanglante et d’une violence extrême. Cette tension entre l’envie d’apprendre, le symbole phallique d’une vie réussie (auto, école) et cette décapitation sanglante au nom du pervers lui avaient mis « la tête à l’envers ».
Pour un jeune contemporain dans le monde décrit d’aujourd’hui, cela ne donne pas, selon Ph. van Meerbeeck, les mêmes pathologies qu’avant 92.
Quand on relit « Moi Christiane F, droguée prostituée » ou « L’herbe bleue », livres phares d’une époque, on a l’impression que cela date terriblement. Il s’agit d’une autre adolescence. Ce n’est plus la gamine de treize ans d’aujourd’hui. Dans un film romantique, le junkie fascinant le jeune de 14 ans n’a plus du tout le même impact aujourd’hui.
Dans un monde de consommation où l’objet est tout le temps marchandisé, cela lui donne un rapport à l’objet qui est tout à fait particulier. Et lorsqu’il est invité à réfléchir à cette consommation dans laquelle il baigne, dont il est le pur produit, ce n’est pas aisé pour lui. Reprenant l’expression de Dany-Robert Dufour[3], « homo zapiens », il est difficile d’empêcher le jeune de zaper, de consommer continuellement. Il y a peu d’alternatives pour sublimer, prendre du recul, contrôler la pulsion, réfléchir à la consommation. Le jeune en éprouve de grandes difficultés à métaphoriser le rapport à l’objet du désir. Ce qui donne des pathologies contemporaines très particulières, notamment au niveau du rapport à l’image, au corps.
L’anorexie et la boulimie restent, selon Ph. van Meerbeeck, des pathologies de jeunes filles et garçons occidentaux. Pas des jeunes issus de l’immigration.
Chez les filles
L’anorexie est plus une question de jeunes filles. Elle a pris aujourd’hui une ampleur énorme.
Et de pointer le rôle de la mode. Mais, qui fait le stylisme contemporain ? Qui fait la mode ? Qui dessine les modèles ? Comment choisit-on un mannequin ?
Les adolescentes rêvent d’être mannequins, standards de la beauté féminine. Mais aucune ne sait que, en réalité, 9/10ème des stylistes branchés, qui ont les moyens et la finance, sont « pédérastes ». Ils n’aiment pas les femmes, les déguisent en porte-manteaux, les obligent à être longilignes, sans formes, avec des petites épaules carrées, avec des yeux mangas[4], des yeux de biches, à avoir un air hagard, d’être de taille 34 et de porter leurs fringues.
Le standard des formes des sex symboles ont changé depuis 30 ans : il s’agit de ressembler à une jeune de 12-14 ans qui n’a quasi pas de sein, qui a grandi comme une asperge, sans hanches. Image commerciale d’un modèle féminin androgyne. Isabelle Caro qui a posé pour Benetton était de taille 34…[5]
Quand vous avez aujourd’hui 14 ans, comment faire si voulez (ou devez !) ressembler à un « top-modèle »… Mais il n’y a pas que les jeunes qui soient concernés poursuit Ph. van Meerbeeck : En fait, tout le monde est dupé. Seules les chaussures de petites tailles (taille 36) et étroites sont montrées dans les étalages, pincées à l’arrière. A Pâques et tout au long de l’été : vous êtes tenus de ressembler à l’image orchestrée par le
marché commercial. On voit apparaître sur les tables de réunions, les grandes bouteilles d’eau, avec une pomme, un tout petit Tupperware, une toute petite cuillère, un yaourt maigre, des produits « light ». En hiver, on peut reprendre un bon sandwich baïonnette, avec frites, sauce…
Chez les garçons
Les garçons boulimiques sont également de plus en plus nombreux à se présenter en consultation chez Ph. Van Meerbeeck, alors qu’il y a 10 ans on n’en voyait quasi pas. On doit y être attentif. Ils se cachent derrière des déguisements gothiques, des allures étranges… puis on découvre qu’ils font comme leur copine, leur sœur… Ils sont dans un bien étrange rapport à l’image.
Pour répondre aux questions des ados, quelles images on leur donne du désir, de leur sexualité, de la sexualité de l’autre ?
L’expérience juvénile par excellence est l’expérience amoureuse.
14 – 17 ans, c’est l’âge du sentiment amoureux, l’âge de la découverte du sentiment amoureux passionné. L’ado découvre le désir, le manque, l’envie d’être aimé, d’être reconnu par l’autre. L’expérience amoureuse est, à cet âge, incontournable, et se trouve actuellement relativement banalisée, peu cadrée et peu représentée. Elle se vit avec des images psychiques mentales inquiétantes. Les ados ne disposent ainsi que (cf. supra : sites pervers, pornographie sur Internet) d’images tronquées, pernicieuses, perverties. On ravive le pulsionnel archaïque pour être sûr que l’ado reste accroché à des images que, sinon, il traverserait beaucoup plus impunément. Ils ont de la sexualité une image banalisée, tronquée.
La mixité « forcée » dans laquelle les ados sont baignés ne simplifie pas les choses. Ils couchent ensemble sans que cela ne pose problèmes à personnes (avec une moyenne d’âge qui reste cependant autour de 17 ans).
Mais pour eux, comment cela se passe-t-il dans leur tête quand ils font l’amour ?
A 15 ans, la question des relations sexuelles est angoissante et ne va pas de soi.
Qui les « équipe » par rapport à toutes ces questions? Si personne ne leur parle de l’amour, du désir, de la différence sexuelle, de la sexualité de l’autre, de leur propre sexualité, de la difficulté à se lancer dans une relation amoureuse… les jeunes se feront une drôle d’idée de leur sexualité en devenir.
Exemples : Etant donné que dans les films pornos quand un homme demande à une femme de lui faire une pipe, celle-ci s’exécute, les jeunes filles pensent normal que si leur copain le leur demande elles s’y soumettent sans poser de question si ce n’est la question de la contamination éventuelle et cela aboutit au cours de morale…. Les jeunes filles de 13 ans se rasent le pubis comme dans les films pornos….
L’homosexualité, l’homoparentalité
L’homosexualité reste un choix difficile à vivre, pour lequel il faut se battre et qui demande d’être soutenu, précise bien Ph. van Meerbeeck, mais il faut également reconnaitre que ce n’est pas sans difficultés pour les jeunes et ne pas reconnaître les différences est source de confusion chez ces ados.
Ph. van Meerbeeck rappelle ce que Mme la Ministre Aréna demandait aux enseignants du secondaire : Dans son juste combat contre l’homophobie, reconnaît-il, la circulaire Aréna préconisait aux professeurs, pour illustrer leurs cours, de citer des exemples de couples homosexuels, et de vanter les mérites d’homosexuels connus : Jules César, Michel Ange, Léonard De Vinci, Di Rupo…
Or, poursuit Ph. van Meerbeeck, comment suivre ces prescriptions alors que les ados sont justement à un âge où l’on craint de se découvrir homosexuel, à un âge où l’on peut être extrêmement homophobe ? Quand chez certains ados, l’homosexualité est vécue comme une réelle terreur de devoir s’assumer ou de se craindre homosexuel, suivre à la lettre ce qui est proposé ne va pas aller de soi… On ne peut prétendre que ce n’est pas un problème. Un discours banalisant l’homosexualité ne va pas tout résoudre.
Et de poser la question : Mme Aréna a-t-elle jamais enseigné à des jeunes de 16 ans ?
Ph. van Meerbeeck évoque également l’homoparentalité:
Oser déclarer, depuis l’an 2000, que pour un enfant, à l’âge de l’Œdipe, il est plus facile d’être élevé par un père et une mère qui tentent de s’aimer dans la durée et de l’aimer lui ou elle chastement, est politiquement considéré comme avoir un « discours homophobe ». Et cela lui a valu des débats télévisés homériques.
Or, quand on soigne des adolescents depuis 30 ans, on constate, poursuit Ph. van Meerbeeck, réellement la difficulté qu’est pour un jeune de voir son père faire son coming-out et déclarer qu’il quitte son épouse pour vivre son homosexualité. On n’imagine pas la difficulté que c’est pour l’enfant et surtout pour l’ado de 14-16 ans de comprendre, d’accepter la situation et de voir venir à l’école, à la fin de la classe ou à la réunion de parents son père accompagné de son copain. Les autres de la classe sont cruels. Les insultes pleuvent. (« Fils de pédé »…)
C’est dur d’être parent aujourd’hui. L’autorité est fortement ébranlée. Les parents ne vont pas bien (divorces…). Ils sont perdus face à leurs ados qui font des bras d’honneur à la moindre contrariété. Le père craint de se retrouver en prison s’il flanque une tarte à son fils.
Et pour l’ado, cela reste une grande épreuve de voir le couple parental qui se déchire. Les divorces demeurent compliqués, sinon les gens resteraient ensemble…
Et l’on se sépare pour des raisons qui ne sont jamais énoncées au sens strict. Ce qui en est dit généralement c’est « Parce qu’on ne s’aime plus », ce qui, considère Ph. van Meerbeeck, une bien curieuse façon de le dire. On ne peut réduire l’amour à un sentiment. C’est une vision un peu naïve, tronquée. Ne dit-on pas « dans l’amour pas de sentiment » ? Si on dit « On ne s’aime plus, on se quitte », alors l’enfant pense : « Si on ne m’aime plus on va se débarrasser de moi? », ce qui pour lui est très choquant.
Le cannabis est un psychotrope formidablement puissant, efficace : son effet d’apaisement, anxiolytique, antidépresseur est incontestable. Grâce au cannabis on est entre soi, on est calmé, on est à l’abri de la souffrance d’aimer ou de l’expérimentation du difficile rapport à l’autre, de la douleur. Il aide à expérimenter le rapport à l’autre. En soi, quand c’est une expérience, fumer n’est pas trop grave.
Le problème survient lorsque le cannabis apparaît au jeune comme une automédication. On n’est plus dans l’expérience. Il y a danger de contourner le travail psychique qu’il a à faire avec un « médicament » qu’il s’arroge à lui-même. C’est surtout les garçons qui sont concernés même s’il y a des filles qui consomment aussi du cannabis et des garçons qui sont anorexiques.
Du côté des filles, comme dit plus haut (anorexie), il y a risque de s’empêcher de grandir, de s’empêcher d’entrer dans l’expérience amoureuse en se gardant une image du corps infantile, aménoréïque, « sans faim », avec une obsession épouvantable autour de la faim, avec un retour à une oralité ravageante. Parfois accompagné d’alcool, de tabac.
Il s’agit, en fait, pour ces jeunes, d’une parade à ce qu’ils ont à travailler vraiment.
- Qu’est-ce qu’aimer veut dire ?
- Qu’est-ce que veut dire être la femme d’un homme, l’homme d’une femme ?
- Qu’est-ce que s’engager dans un lien durable hétéro ou homosexuel
Il est donc essentiel pour les ados qu’à ces moments là, ils puissent compter sur la présence de personnes qui comprennent ce qu’ils vivent, qui les aident à les penser, qui les accompagnent, qui les aident à trier les expériences qu’ils éprouvent, les mettent en perspective, les aident à parvenir petit à petit à se les représenter, les aident à acquérir la capacité de mentaliser et pas seulement dans un langage SMS.
L’expérience amoureuse reste la grande expérience juvénile et quand ils sont passés par là ils vont trouver une porte de sortie.
Par contre, quand ils arrivent à la grande adolescence (16-25 ans) et que vraiment pour eux il n’y a pas d’issue, le monde ne fait pas sens, qu’ils n’ont pas envie de grandir, qu’ils ne parviennent pas de se construire un idéal, qu’ils sont dans un nonsens angoissé, considérant que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, qu’il n’y a pas d’issue… Ph. van Meerbeeck souligne le risque de faire une expérience de « psychose transitoire », un « temps psychotique à l’adolescence ». L’ado « pète les plombs », délire réellement, tient des propos effrayants.
Mais il ne s’agit pas, précise Ph. van Meerbeeck, de schizophrénie. Ce n’est pas une phase dépressive. Il y a derrière ces propos angoissés, une question existentielle fondamentale sur le sens de la vie du type : « Est-ce que tu comprends que ma vie ne vaut pas d’être vécue ? »
On est invité aussi à réfléchir cela avec eux. La transmission sera alors, ici, essentielle.
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Ph. van Meerbeeck relate une situation pour illustrer son propos :
Un jeune garçon en classe terminale, en province, arrive en consultation contraint et forcé par la mère. Le père est mort 6 mois auparavant. Il ne veut pas venir. Déprimé, il ne va plus à l’école, fume du cannabis toute la journée devant son ordinateur. Il t’chate, on se sait pas très bien pourquoi. Il vit la nuit, dort le jour. On sent bien qu’il n’a aucune envie d’être là (en consultation). Il dit des choses un peu téléphonées, lève les yeux au ciel quand on lui parle.
Ph. van Meerbeeck dit, qu’il est débordé, qu’il n’est pas demandeur et l’invite à partir.
Il appelle le médecin pour dire que le contact n’est pas passé.
10 jours plus tard, le jeune fait une tentative de suicide gravissime et se retrouve aux soins intensifs. Le médecin rappelle : il faut absolument le revoir parce que la prochaine fois ce jeune sera vraiment mort. Ph. van Meerbeeck se sent un peu coupable, accepte un nouveau rendez-vous. Le jeune revient avec sa mère, dans un sale état, 10 jours après les soins intensifs. Il tire la gueule, la mère dit qu’elle a beaucoup pleuré, qu’elle a eu peur de le perdre.
Etant donné l’attitude du jeune, Ph. van Meerbeeck demande si ça l’embête que sa mère soit là ? Le jeune répond : « Oui, ça me fait chier ». La mère est alors priée de sortir. Et la conversation s’engage :
- Qu’est –ce qui t’arrive ?
- Rien.
- Tu fais quoi sur l’ordi, des jeux vidéo ? Tu t’chates ?
- Oui.
- Tu dragues ?
- Oui.
- A voir ta tête ça ne marche pas fort !
- Oui, c’est épouvantable.
- Pourquoi, tu n’as pas de succès ? Les filles ne veulent pas de toi ?
- C’est pas des filles, c’est des mecs.
- Et alors, les mecs ne veulent pas de toi ?
- Non vraiment je suis moche, je suis nul,…
Après un moment de silence, Ph. van Meerbeeck lui évoque le « Banquet » de Platon.
Et lui apprend par là que la question de l’amour, la relation homosexuelle a été débattue dans un des plus grands textes de la littérature, 5 siècles avant JC. Il lui raconte rapidement Agathon, Socrate, Alcibiade…
Alcibiade se demande pourquoi Socrate avec qui il a passé la nuit n’a pas levé la main sur lui. Alors que Socrate est un vieux monsieur terriblement vilain, Alcibiade est, lui, beau comme un dieu, 30 ans, général d’armée qui a toutes les femmes d’Athènes à ses pieds. Pourquoi Socrate ne voulait plus de lui ? Il avait un nouvel amant : Agathon, jeune poète grec qui reçoit tout le monde chez lui. Alcibiade qui arrive en retard demande à Socrate : « Quel est ton secret ? Qu’est-ce qu’il y a en toi qui fait que depuis cette nuit, je suis fou de toi, je te veux à tout prix, je suis animé par un passion ravageante et je vois bien que je te suis indifférent, qu’il n’y a pas du tout de désir ». Socrate, qui n’a rien dit pendant tout le discours, avant de lever la tête lui explique : « Mon secret ou le trésor intérieur que tu m’attribues, à moi Socrate, moi je n’en ai pas. Pour moi c’est Agathon qui le possède. »
Ph. van Meerbeeck invite son jeune patient à réfléchir à cela :
Qu’est-ce qu’on veut comme objet chez l’autre qu’on aimerait tellement posséder quand on est désirant et passionné, objet qu’on ne possède pas soi-même et servant d’objet du désir ?
La séance se termine, Ph. van Meerbeeck pense avoir « marqué un point ».
3 jours après le jeune revient transformé. Il est rasé, propre (avant il puait la rage),
Il raconte qu’il a t’chaté avec une copine à qui il a raconté l’histoire.
Il a cherché la référence auprès du prof de Grec, lu ce « Banquet » et déclare : « Depuis j’ai un succès fou, tous les gars me courent derrière. » Il était tout content d’avoir du succès.
Il y a eu ici un petit moment de transmission, il ne va plus jamais mourir.
Le jeune a découvert quelque chose qu’au fond, l’école avait à lui apprendre.
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Il y a, plus que jamais, une transmission nécessaire face à la montée en puissance très impressionnante de toute une série d’éléments qui Ph. van Meerbeeck rappelle rapidement :
montée des écoles coraniques, quête identitaire, appartenance à des sous-groupes, tentation kamikaze, cannabis, violence, vieux pervers, ados trainant devant leurs écrans d’ordinateur en tirant sur leur pétard, peur du rapport à l’autre, des trucs amoureux un peu foireux, des parents en perte de vitesse, carence d’autorité généralisée, hormis le monde médical qui a encore un peu de crédit, le juge, le pédagogue, le prof, le père ou la mère, on n’y croit plus, ce vide dans lequel sont les ados à corps perdu, en se scarifiant, en s’auto-mutilant, corps consentants, les ados ont un corps sacrifié comme tout le monde qui bouffe des antidépresseurs, … deviennent kamikaze ou se suicident…
Or, chez l’ado, rappelle Ph. van Meerbeeck :
- Le potentiel intellectuel est toujours aussi puissant
- L’envie de comprendre est toujours aussi majeure
- Un besoin de l’image du père est toujours aussi omniprésent : l’appel au père, à l’image d’un adulte qui va l’aider
- à faire le tri,
- à le séparer de la mère,
- à mieux comprendre le monde dans lequel on vit,
- à s’assumer dans son destin de garçon ou de fille en devenir,
- à accepter sa castration,
- à comprendre comment fonctionne le désir,
- à avoir envie d’aimer…
C’est aujourd’hui, poursuit Ph. van Meerbeeck, souvent à nous intervenants dans des milieux d’accueil, travailleurs sociaux, psychologues, éducateurs, médecins, psychiatres… qu’il est demandé d’intervenir et à qui ils supposent un savoir. Mais ce savoir ne peut pas être, selon lui, d’ordre « médical ». Cela le met dans une rage noire quand certains discours psychiatriques parlent de « dépression adolescente », d’ « entrée en schizophrénie », de « troubles maniaco-dépressifs », qui étiquettent les jeunes par des maladies mentales avec les médications assorties. Comme si on voulait absolument les assommer. Or, les jeunes adolescents ne supportent pas les médicaments, ils résistent, ils ressentent sur eux des effets paradoxaux.
Ce qu’il faut, selon Ph. van Meerbeeck, c’est :
- Entendre leur appel,
- Organiser la rencontre,
- Retrouver avec eux en quoi les questions qui sont les leurs restent les nôtres,
- Comprendre que ces questions – dans le monde décrit très particulier- nous obligent à ne pas nous appuyer sur notre propre adolescence parce que ce n’est plus la même,
- Retrouver avec eux comment eux-mêmes cherchent,
o Quelles sont leurs sources à eux,
o Qu’est-ce qu’ils découvrent dans le jeu vidéo, dans leur cannabis à eux (qui n’est pas le même que le shit d’il y a 25 ans), qu’est-ce qu’ils découvrent dans les images pornographiques, dans leur tête, leur idéal, ou qu’ils ne découvrent pas ?
- Pour pouvoir faire AVEC EUX le travail avec un « effet Izambard ».
Georges Izambard était le professeur d’Arthur Rimbaud. On parle toujours de Verlaine alors que ça c’était une mauvaise rencontre. Rimbaud doit tout à un professeur de 25 ans, Izambard, qu’il avait rencontré à Charleville Mézières et qui, contre l’avis de sa mère qui était furieuse contre ce prof., a soutenu qu’Arthur avait du talent, devait écrire, devait avoir accès aux livres et justement à ceux qui étaient interdits. Tout le monde a oublié que ce maitre là avait été pour lui celui qui l’avait initié à « son pouvoir rimbaldien ».
Et, Philippe van Meerbeeck de finir en disant :
Tout adolescent a un pouvoir rimbaldien, tout adolescent a besoin d’un Izambard pour pouvoir en sortir. C’est probablement ce à quoi nous sommes tous invités.
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Après les remerciements mutuels : l’orateur pour notre attention et les participants pour le brillant exposé qui fut donné d’entendre, le débat est amorcé.
I. Quel est le rôle des parents aujourd’hui ?
Dans ce monde tellement mouvant, avec ces questions de consommation de substances psychotropes, une hyper médication au moindre symptôme, la marchandisation, les rencontres traumatiques liées à la pornographie sur le Web… que peut-on faire, en tant que par PARENT ?
Au-delà du travail protecteur, d’aide à l’ado pour faire son travail d’adolescence, survivre à ce travail et accéder à l’âge adulte ?
C’est compliqué d’être parent aujourd’hui. L’autorité parentale est complètement modifiée. Il n’y aura plus de retour en arrière. (ce qui ne se présente pas de la même façon pour les jeunes issus de l’immigration).
On n’est plus parent de droit divin. On ne peut plus s’appuyer sur le Roi, le Pape… pour dire « j’ai un droit de vie ou de mort sur toi ». Le « parce que », c’est terminé.
C’est un grand changement. Aujourd’hui on est contraint de convaincre, d’expliquer ou de palabrer. Il faut sans cesse expliquer, répondre à : « Pourquoi tu me mets telle limite ? ». Les limites sont donc devenues problématiques. Il faut pouvoir argumenter, soutenir les limites que l’on impose.
Ce qui perd le plus les parents c’est de ne pas pouvoir s’empêcher de faire comme leurs parents à eux, ce qui amènent l’ado à tricher…
Exemple : les parents autorisent leur fille à sortir mais imposent de rentrer à minuit. Or la fille argumente qu’il n’y a pas de fête avant minuit. Face aux inquiétudes sur le fait qu’il n’y a plus de métro et que c’est dangereux à 4h. du matin en rue, la jeune fille annonce qu’elle peut dormir chez une copine. Les parents sont rassurés. Mais, en fait, les jeunes poursuivent la fête toute la nuit, avec des alcools forts dans un appart où il n’y a pas de parents pour surveiller alors que les parents pensent que tout va bien, que la fille dort chez une copine…
Si les parents veulent tenir bon, punir au moindre faux pas et intervenir sur tout : le lever, le coucher, les copains, la politesse… ils seront vite épuisés. Ce sera intenable. L’ado est par excellence bordélique, fait des bras d’honneur, trouve que le repas est « dégueulasse »…
Plus les parents inventent des sanctions punitives, plus l’ado triche : si on lui dit « plus de télé », l’ado regarde sur l’ordi dans sa chambre, si on met une clé sur l’ordi, l’ado trouve un copain qui parvient à accéder quand même sur les sites pornos… La sanction ne peut donc pas être quotidienne et les parents sont obligés de donner un autre statut et de négocier.
Il s’agit, pour les parents, d’être, avant tout, « crédible », « authentique », puisqu’on est tout le temps démasqué.
Il faut tâcher de trouver des principes simples et de retrouver les valeurs
auxquelles on tient absolument. Honnêteté, travail, patrie… ça ne marche plus très fort… Mais il reste par exemple : le respect.
Comment se fait-on respecter ? Qu’est-ce que le respect ? Quelle crédibilité on a pour prétendre au respect ?
Quand Sarkozy qui fait la morale à tout le monde sur les jeunes de banlieue lâche à quelqu’un qui ne veut pas lui serrer la main : « Casse-toi, pauvre con » faisant preuve par là d’une immaturité totale, réagissant comme un gamin de 15 ans…, quelle est la crédibilité pour le 1er de la France ?
Pour les parents se n’est pas évident. Quand on est soi-même en instance de divorce ou qu’on vient de perdre son boulot, qu’on s’alcoolise … c’est difficile.
Il faut comprendre que c’est l’humanité du parent, du prof… qui va toucher le plus.
Quand l’adulte est « politiquement humain », qu’il peut reconnaître s’être trompé et s’en excuse il gagne en crédibilité auprès de l’ado et transmet quelque chose d’essentiel.
Il faut adapter la façon d’être parent (dialogue, échange…), avoir de la rigueur dans le tri des valeurs, accepter une remise en question de soi-même, être dans l’humilité non feinte et authentique, alors on peut vivre des choses assez chouettes avec les ados.
En consultation, les parents que rencontrent Ph. van Meerbeeck sont parfois totalement épuisés
mais quand les parents parlent d’eux (échecs à l’école, parents odieux,…) ils font découvrir à leur ado une nouvelle part d’eux-mêmes. L’ado a découvert à leur insu les symptômes parentaux et il y a un renversement surprenant.
- Le père qui détestait les psys (c’était bon pour sa femme ou les gosses mais pas pour lui), jouant le tableau macho, c’est lui qui après quelques minutes d’entretien tombe en larmes.
- Les parents qui dressent un tableau hyper négatif de leur fils puis qui, quand ils y sont invités et encouragés (« vous leur avez transmis l’essentiel, il a donc des qualités ! »), lui trouvent une qualité.
Avec les ados, Ph. van Meerbeeck estime que l’on doit établir des pactes, courts dans le temps. Comme un pacte de location qu’il faut renouveler après 3 jours, 3 semaines. Progressivement on peut voir que quelque chose se restaure. Une émotion juste émerge. Après une dispute, il est important de restaurer le dialogue quand on est calmé, jamais quand on est fâché. En se disant « je veux qu’on se comprenne », on se prépare, on cherche les mots pour qu’ils soient « justes », se dire qu’on va écouter ce que l’autre a à dire, accepter d’emblée de se remettre en question.
Il faut gratter un peu chez la personne qui consulte, lui renvoyer qu’une vie réussie est un rêve d’adolescent accompli à l’âge adulte : De quoi rêve-t-on ? Où est le désir ? Il peut alors y avoir une ébauche de l’idéal et le jeune s’énonce.
Exemple du jeune à qui Ph. van Meerbeeck a demandé ce qui l’intéressait et qui s’est souvenu d’une passion pour les dinosaures quand il avait 12 ans. Il a après la consultation cherché une faculté qui dispense la paléontologie et a fait un beau parcours alors qu’il était arrivé en consultation en disant que rien ne l’intéressait.
II. Quel est le rôle de l’apprentissage précoce d’une expérience artistique ?
L’acte créatif est l’acte juvénile par excellence. C’est un âge potentiel d’inventivité et de créativité. La musique est pour eux un des langages particulièrement importants. Et même si on trouve que c’est un peu binaire, un peu sauvage, on peut découvrir aussi que c’est pulsionnant, qu’il y a de la vie là-dedans. L’écriture et d’autres médias sont des atouts majeurs ! On voit parfois des jeunes quasi a-scolarisés qui peuvent écrire tout à coup des textes fulgurants (Rap ou autre) ou qui peuvent jouer d’un instrument rythmique de façon impressionnante, remarquable. La musique et l’écriture peuvent ainsi être des portes d’entrées majeures vers la vie.
III. Quelle est l’expérience menée à l’ENTRELIEN pour les jeunes en décrochage scolaire ?
Ph. van Meerbeeck a mis sur pied, avec des collègues, une équipe qui travaille avec des jeunes en décrochage scolaire - en hospitalier et en ambulatoire- et qui a comme outil : l’écriture.
A l’époque du Blog et du SMS, c’est étonnant de voir comment un jeune, quand il est invité à écrire, écrit vraiment. Le jeune dit généralement qu’il déteste écrire, qu’il n’en est pas capable. Mais quand il est invité à écrire, à relire, qu’on lit pour lui, qu’on commente, qu’il est interpellé, il produit des choses très émotionantes. Quand tous les jeunes mettent ensemble leurs travaux d’écriture de 6 mois ou 9 mois, c’est très impressionnant.
Le pouvoir rimbaldien du jeune est étonnant. C’est un âge où on a le pouvoir et le plaisir des mots,
des inventions : le pouvoir métaphorique. L’enfant, avant l’’école, a très fort ce pouvoir là. Et puis, l’école rabote ce potentiel avec l’enseignement de la grammaire, de l’orthographe, la maîtrise de l’imaginaire… L’ado a besoin de retrouver cela, d’écarteler les mots, de les déchirer, de les écrire autrement.
L’écriture SMS est en soi très impressionnante. En tant qu’adulte on est un peu dépassé. C’est en fait, reconnaît Ph. van Meerbeeck, une « belle langue » quand on prend la peine d’entrer dedans. Dans 10-15 ans, on produira des textes SMS de grande qualité. On voit comment l’ado cache ce qu’il traverse derrière des chiffres, des signes, des mots de langue étrangère…Avec le SMS on peu faire l’économie de tout ce qui est orthographe ou maîtrise de la langue dans le sens grammatical du terme et aboutir à de réelles inventions.
Par l’image, la musique, l’écriture… (en fait tout mode d’expression) les ados ont une manière bien particulière de s’exposer et nous apprennent beaucoup de choses. Il faut cultiver cela. Malheureusement l’école n’est pas prête à cela.
IV. Travailler avec les ados seuls ou avec les familles ?
Quand les ados arrivent à la permanence de Citadelle, ils sont rarement demandeurs. Ils sont poussés par les parents, les proches, l’éducateur. De qui doit-on prendre soin, qui faut-il recevoir ? Faut-il d’office rencontrer le jeune seul à seul si on part de l’idée que l’on s’occupe de l’ado et pas du parent?
Il n’y a pas de règle. Il faut faire avec ceux qui sont là. Le jeune vient souvent poussé, en tirant la gueule mais c’est à prendre comme ça vient ; c’est le point de démarrage.
Ph. van Meerbeeck, pour sa part, reçoit d’abord toutes les personnes qui se présentent puis annonce qu’il va recevoir le jeune séparément. Il précise au jeune que, si lui ne veut pas le voir, ses parents, par contre, s’inquiètent et qu’il pourra exprimer ce qui leur sera dit ou non. Il verra les parents ensuite et puis à nouveau tout le monde pour permettre de se parler « autrement ». On progresse un peu à l’aveugle et c’est en soi intéressant.
Quand le ThCA a été créé à St Luc (accueil d’adolescents à l’hôpital), ce qui a frappé Ph. van Meerbeeck c’est que, au fond, ce qui fait problème pour une institution telle qu’un hôpital, c’est la sanction face à la transgression du jeune. La seule sanction qu’on n'ait jamais trouvée c’est la « mise au vert ». C’est une façon de pouvoir signaler au jeune qu’il met son projet en échec, qu’il a un comportement inadéquat, qu’il doit rentrer chez lui pour réfléchir un peu et revenir plusieurs jours après pour voir s’il veut réintégrer l’hôpital ou non. Si le jeune implore de pouvoir rester à l’hôpital, si partir est une difficulté, c’est le signe qu’il s’est passé quelque chose.
Ce service dispose de moyens très importants, reconnaît Ph. van Meerbeeck. Etant donné que les jeunes qui y sont hospitalisés ne sont pas médiqués, il faut du personnel jour et nuit, il faut de l’énergie. Ce service a été négocié en annonçant clairement que cela va couter cher mais que pour un jeune cela permet d’éviter la chronicisation, les rechutes, et que donc cet effort financier vaut la peine.
Le point de départ du séjour : Il est proposé au jeune de construire un projet, d’énoncer une idée, ce qu’il a envie de construire. « Tu as 15 ans et je suis persuadé que tu as quelque chose à dire, à énoncer et on peut t’aider à élaborer cela ».
L’outil thérapeutique de l’équipe est basé sur l’importance de la parole, la parole qui s’énonce, qui engage. C’est très difficile pour un jeune de parvenir à dire ce à quoi il aspire et s’y tenir. Mais c’est le point d’appui. C’est ce qui permet à l’équipe d’interpeller le jeune s’il ne fait rien par rapport à cela, s’il est découragé quand il ne progresse pas,… Tout le travail sera d’y réfléchir ensemble.
Il y a des contacts hebdomadaires avec la famille d’origine pour s’assurer que la famille bouge un petit peu. On ne peut rien faire avec le jeune seul, isolément de la famille mais en même temps on ne peut pas travailler seulement avec les parents. C’est ce croisement qui est très intéressant.
Toutefois le travail systémique est plus aisé avec les enfants qu’avec les ados dans la mesure où ceux-ci ne supportent pas d’être psychologisés et que cela tourne rapidement au psychodrame.
V. Petite mise en synthèse
- Certains événements sont épinglés : 92, le Web. Rien n’est donc plus comme avant, il faut en tenir compte par rapport aux ados.
D’autres éléments sont mis en évidence :
- la morale ancienne est à mettre dans un tiroir.
- le respect, comme valeur universelle, est une valeur qui fait un lien avec le jeune.
- La reconnaissance de ses erreurs ou reconnaître ce qu’on est dans son être, ce qui est important tant pour l’adulte que pour le jeune est essentiel.
- le rôle de l’intervenant est d’espérer un renversement de situation, arriver à transmettre.
Mais la question reste de savoir comment faire avec un jeune qui est totalement en retrait, de la famille, de l’école, complètement assommé ?
VI. La modification du rapport au monde
Il est compliqué pour un ado d’être pris dans un système, un mode de fonctionnement où on est soi-même tout le temps mis en public. Comment Ph. van Meerbeeck perçoit-il les modifications de structuration au monde, d’être toujours en même temps à plusieurs endroits, mis en exposé, énoncé par les autres … ?
L’ado prend des risques inconsidérés et s’expose beaucoup trop au monde.
À quel point le blog, les réseaux tels que Face book… ont-ils une incidence, il est difficile de répondre. Les mécanismes antérieurs face aux exhibitionnismes n’ont plus cours. N’ayant aucun moyen de compréhension antérieure, les choses sont compliquées. On se retrouve aujourd’hui assez démunis face à des événements liés à Internet (suicide collectif de jeunes en Ecosse qui avaient fait un pacte sur Internet).
Identification et image de soi
Avant 93, Ph. van Meerbeeck donnait cours sur l’identification durant l’adolescence en se basant sur le stade du miroir tel que décrit par Jacques Lacan (le jeune passant des heures dans la salle de bain à se regarder dans le miroir pour se reconnaître, pour s’identifier, pour se faire une image de lui qui se transforme, bref, construire son identification, une image de son corps en transformation). Aujourd’hui ce cours est obsolète. Il ne peut plus être donné sur ces bases.
Depuis 93, on a la vidéo qui donne une autre image que celle du miroir. En effet le rappelle Ph. van Meerbeeck, le miroir donne une image inversée alors que la vidéo donne de vous une image orthodoxe. Vous vous voyez comme les gens vous voient.
Avant 93, il n’y avait que les gens riches qui avaient les moyens de se filmer. Le phénomène était réduit. Maintenant c’est totalement banal, généralisé.
Que se passe-t-il dans l’esprit de ces jeunes qui n’ont donc plus une image spéculaire (relative au miroir, ndlr) mais une image identificatoire vidéo ? Il y a ici un changement anthropologique essentiel.
Aujourd’hui on observe mais on ne sait pas ce qu’il faut en penser, ce qu’il faut faire. On ne peut qu’observer, on ne peut anticiper.
Comment réagir par rapport aux éléments inquiétants tels que les mises à mort, les moqueries, la confusion entre les contacts que l’on a sur Face-book et les amis réels que l’on se fait, les votes pour les candidats de la Star Ac sans se soucier de ce que deviennent les autres, qui ont parfois aussi été des premiers prix ? Sur quoi se fondent ces identifications là ?
Cela produit une modification profonde des mécanismes identificatoires, qui donne aux jeunes une drôle d’idée de l’engagement, de l’amitié. Mais, fondamentalement, l’image en mouvement telle que la donne la vidéo donne-t-elle la même image symbolique qu’avant ? Nous n’en savons actuellement rien. Les professionnels ne peuvent aujourd’hui qu’essayer, avec les jeunes eux-mêmes de comprendre, de saisir.
VII. changements sémantiques
Comme les profs à la Star Ac qui se permettent des jugements sur les participants (« hier tu étais nul »,…) certains mouvements scouts tiennent des conseils où sont prodigués des sortes de jugements à l’endroit des ados. Cette dérive se voit aussi au niveau de l’usage des mots. Les mots n’ont plus le même sens, ce qui donne parfois des choses très inquiétantes : les ados qui disent « je t’aime » pour dire « je t’aime bien », le site « mon best » où on a le devoir d’avoir un meilleur ami…
Le scoutisme ne peut être fait en amateur. C’est trop important pour être confié à des personnes qui ne seraient pas compétentes. Le scoutisme peut être une sorte de palliatif à des rituels, des moments d’expériences qui soient pensées intelligemment.
La vraie adolescence est, pour rappel, l’âge de l’amour, de la découverte d’un sentiment intense de partage, du sentiment amoureux, de la passion ravageante, de la déception amoureuse, de l’amitié - la question du meilleur ami est essentielle avec des questions autour de l’amitié trahie -. Après on se fait plutôt des relations. Chacun croit découvrir tout cela tout seul mais en fait tout le monde l’expérimente. Ce sont des universaux. Il y a 4000 ans de textes là-dessus. Il faut permettre aux jeunes de découvrir cela, chez Platon ou d’autres et leur permettre de mettre les mots justes là-dessus.
Le verbe "aimer" :
Le problème est qu’en français, « aimer » s’emploie pour tout : j’aime le chocolat, la musique, mon copain, ma copine, … Mais en même temps les ados savent généralement ce qu’aimer veut réellement dire. S’ils font l’amour sans s’être dit qu’ils s’aimaient, ils savent confusément que dire « je t’aime » est plus impliquant qu’un rapport sexuel, que les mots, la parole donnée les engagent de manière beaucoup plus définitive.
Ils sont dès lors totalement intolérants face à un adulte qui n’a pas compris cela et qui même utilise parfois un langage qui les marque.
On ne peut se moquer d’un jeune, humilier l’ado en lui balançant un jugement moral, un diagnostic. On peut se moquer de soi, cela les ados adorent mais on ne peut le faire à leur endroit : il s’agit de FAUTES SYMBOLIQUES GRAVES parce qu’ils sont en train de se découvrir.
Il invite la salle à se rappeler « Quand a-t-on dit « Je t’aime pour la première fois »? »
VIII. Quelle est l’importance du sport pour l’ado ?
Le corps est au centre de l’adolescence :
C’est à cette période qu’il se transforme de telle manière qu’il pourra donner la vie. C’est une expérience incroyable. Cette puissance est analogue à la puissance intellectuelle qui se développe à cette période. C’est pour cela qu’on en fait de la chair à canon, qu’on utilisait des jeunes filles de 16 ans pour faire des enfants d’aryens…Le corps est aussi fondamental que « le dire », que « le penser ». Le corps est la métaphore de l’expérience fondamentale, voie royale pour découvrir en soi le pulsionnel et la puissance.
Tout ce qui peut être un apprentissage du contrôle de la pulsion est à soutenir, et le sport organisé en est un bon exemple. Le sport est fondamental dans la mesure où il permet d’acquérir le plaisir de découvrir la force en soi, l’équilibre, la souplesse, la performance, le progrès, le plaisir de la maîtrise par un exercice qui est organisé, avec un maître initiant, avec des règles du jeu.
Par contre, le danger du sport c’est lorsqu’il pousse à la « culture du champion ». Les ados champions avec des organisations presque toxicomaniaques, coincés par une performance à l’excès, excès appuyé par des parents qui veulent à tout prix avoir une fille qui cartonne, qui doit aller à la Star Ac… sont des pathologies extrêmement difficiles.
Le « moment pédagogique »
Pour venir faire une conférence le soir à Tournai, après une longue journée de travail, il faut être un peu maso ironise Ph. van Meerbeeck mais l’enjeu est pour lui de faire vivre à son auditoire un « moment pédagogique ».
Pour un prof, un éducateur, un moment pédagogique c’est se mettre en condition telle que lorsqu’on parle avec quelqu’un on espère qu’il y aura un passage d’inconscient à inconscient, que ceux qui écoutent vont capter quelque chose qui est dit comme à l’insu de celui qui parle, sans que ce soit voulu.
Pour « transmettre » à un jeune, pour qu’il y ait ce passage d’inconscient à inconscient, il faut préparer ce que l’on a à dire puis faire le vide dans sa tête, et, avant de commencer à parler, il faut « s’arroser de la douleur d’exister et puis y mettre le feu ».
Cette métaphore fantastique permet d’illustrer ce qui se passe lorsqu’on transmet, pour que l’autre soit « touché » par ce qui a été dit, pour l’éclairer à son insu, sans que ce soit intellectuel, organisé. C’est de l’anti-pédagogie complète. Se mettre en position qui permette de retrouver l’ado en soi, accepter de paraître fragile en abandonnant l’image de l’homme fort dans la maîtrise. On tâche de dire des choses qui sont « justes », dans l’espoir que l’autre va capter quelque chose.
Sur un symptôme d’automutilation, toxicomanie, idées suicidaires, anorexie grave, délinquance, opposition rebelle, tout l’art ou plutôt la difficulté est de renoncer à son savoir psychiatrique, psychanalytique, psychologique, sociologique, et de se mettre dans un état d’esprit qui permette une rencontre authentique avec l’ado.
Il s’agit d’essayer de trouver la clé, un petit moment pour faire rire, de toucher, d’interpeller, de surprendre, d’éveiller quelque chose, de lui dire quelque chose qui indique que l’on comprend ce qu’il vit. Il s’agit d’essayer, dans les symptômes les plus répétitifs, de trouver une diversion, un décalage, une encoignure, une fissure, qui va faire écho pour lui.
- L’automutilation
Le phénomène des automutilations, phénomène qui a 15 ans d’âge, a pris une ampleur incroyable (quand il y a un jeune s’automutilant dans un groupe, il y en a 10 quinze jours plus tard qui le font). Quand on demande au jeune pourquoi il s’est ainsi coupé au cutter ? Le jeune répond : « quand je sens couler mon sang, je suis apaisé ». Il ne dit pas « je fais couler mon sang ».
Pour permettre un déplacement (et pas seulement une figure de style langagier) on peut lui demander « Pour quoi serais-tu prêt à faire couler ton sang ? ». Cela permet de signaler au jeune qu’il pourrait penser son geste de façon différente. « Quand tu t’imposes ce que tu t’imposes, réalises-tu à quel point tu te malmènes ? A quel point quelque chose de toi est devenu le tyran de l’autre ? Que tu t’imposes des choses incroyables, qui sont absurdes, qui n’ont aucun sens,… » Ouvrir un décalage, un non diagnostic médicalisant pour indiquer qu’il y a, chez eux, la quête d’un sens. Trouver quelque chose qui les éclaire de l’intérieur, sur ce qui fait qu’ils disent que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.
- Après un TS :
« Pour quoi es-tu prêt à mourir, à donner ta vie ? »
- Pour un anorexique :
« Si tu devais faire une grève de la faim, ce que tu fais à ta manière, tu le ferais pour qui, pour quoi ? » On quitte la capture imaginaire, l’abrutissement dans lequel s’est plongé l’ado.
On les réinvite vers autre chose : triangulation, quête de l’idéal, ouverture, quelque chose qui peut faire sens.
Pour conclure, Ph. van Meerbeeck rappelle le rôle du thérapeute :
Il s’agit de prêter, le temps de la consultation, notre appareil psychique, notre appareil à penser, notre érudition, notre capacité de nous allouer pour qu’il y ait émergence d’un moment pédagogique. Ca ne marche jamais bien tendu quand on a tout préparé pour… mais quand cela survient c’est un moment fort, un peu magique, apaisant pour le jeune.
Rapport réalisé, à partir de l’enregistrement audio, par Eléonore de Villers, Citadelle, 135, rue de la Citadelle, 7500 Tournai, 069/84.04.54. eleonore.devillers@citadelle-asbl.org
[1] Marcel Gauchet : Philosophe et historien, auteur d’une large biographie dont «Le désenchantement du monde », né en 1946 à Poilley (Manche). Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, au Centre de recherches politiques Raymond-Aron et rédacteur en chef de la revue Le Débat. Source : Wikipédia. Ndlr.
[2] «Auteur d'une trentaine d'ouvrages, Michel Serres se distingue par un parcours atypique qui l'a conduit de l'Ecole navale à l'Académie française, où il est entré en 1991. Depuis 1982, il passe une partie de l'année à enseigner à l'université américaine Stanford. Sans, pour autant, adhérer à la culture d'outre-Atlantique, Michel Serres porte un jugement résolument optimiste sur le développement des nouvelles technologies. Historien des sciences et visionnaire, il se distingue de nombre de ses collègues plus conservateurs en inscrivant les bouleversements actuels de la société dans la continuité de l'évolution de l'homme.» Source: Michel Alberganti (article du quotidien français Le Monde) reprise dans l’encyclopédie électronique d’ « Agora.qc.ca ». Ndlr
[3] Dany-Robert Dufour est un philosophe français contemporain, professeur en Sciences de l’Education à l’Université Paris VIII, et directeur de programme au Collège international de philosophie.
[4] Dans le magasine électronique « MademoiZelle » on pouvait lire, comme une confirmation des propos de Ph. van Meerbeeck, le 12 août 2008, le petit entrefilet suivant : « On l'a déjà remarqué, ce qui rend les filles des mangas si sexy, c'est leur air de biche effrayée en toute circonstance. Aujourd'hui, plus besoin de passer sur le billard pour ressembler à Princesse Mononoké (…) des lentilles de contact plus grandes que la normale à l'effet absolument bluffant donnent au regard un air d'étonnement permanent. Les Japonaises fondues de manga vont même jusqu'à pousser le Mimétisme en adoptant tout un tas d'accessoires comme des prothèses de petit nez ou du collagène jetable pour ressembler à leurs idoles ». Ndlr.
[5] Actrice et mannequin française elle a posé pour Toscani dans le cadre d’une campagne très polémique sur l’anorexie lancée par Benetton. Elle pesait 31kg pour 1m.65. Ndlr.